LE DERNIER VOYAGE

Une profession disparaît… des hommes remplacés par des trieuses automatiques, ça se passe à la poste aujourd’hui ; on les appelait «  les seigneurs de la poste ».

Cette profession existait depuis la création de la poste vers 1880, ces postiers au statut un peu particulier ont toujours été à part, les marginaux de cette immense entreprise que représente la poste. Dans la nuit du lundi au mardi, les ambulants de la brigade B, du Paris- Rennes, trient le courrier.Ils ont commencé à 18H sur place puis après un pot d’adieu (ils sont très fréquents en ce moment) et quelques préparatifs,, c’est le départ du train à 22H45. Le travail commencé à quai, se poursuit dans le train en marche pendant une partie de la nuit, c’est le train poste breton.

Les ambulants démarrent leur travail à forte cadence afin de pouvoir disposer de quelques trente minutes avant leur arrivée vers 4H du matin pour la détente, boire un verre, discuter, parler de leur avenir…

A Rennes, ils ont leurs habitudes, un hôtel ou un particulier qui loue des chambres aux ambulants à l’année. Le lendemain après midi, ils rejoignent le train et trient à quai le courrier fraîchement arrivé en attendant le retour sur Paris.

Le bout de ligne est toujours le même pour eux, c’est Rennes, ou Paris, bientôt ce ne sera plus rien.

En effet le service sera supprimé d’ici à la fin de l’année et chaque semaine qui s’écoule donne lieu à de nouveaux départs ; ils seront facteurs, ou au guichet comme ils disent , les plus anciens partiront à la retraite,

C’est un moment douloureux que vivent les ambulants de la poste et nous ferons avec eux ce dernier voyage, avec Bernard, dit Lamone, ambulant depuis 32 ans, Marius le chef de convoi.

Ce n’est pas grand-chose un train qui s’arrête et pourtant il bouscule dans sa chute, tout un équilibre fragile dans les relations des hommes avec leur travail.